Affouragement en vert «De l'équilibre du sol dépend la santé de l'animal et de l'homme» (André Voisin)

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Choix des espèces

Pas besoin de se compliquer la vie pour faire ses prairies

Choisir les espèces pour composer vos prairies destinées à de l’affouragement en vert demeure simple, car tout ce qui est pâturable est distribuable en vert. Si les espèces à port élevé ont l’avantage, puisque fauchées, c’est sur le choix de la variété que vous devez vous concentrer, pour choisir les bons critères variétaux en fonction de vos besoins et de votre système d’exploitation.

Publié le 16/12/2020 5 minutes de lecture
Pas besoin de se compliquer la vie pour faire ses prairies

« Il n’y a pas d’espèces de graminées ou de légumineuses spécifiquement adaptées à l’affouragement en vert », affirment ouvertement Patrice Pierre, chef de projet à l’Institut de l’élevage, Fabien Olivier, conseiller végétal à la chambre d’Agriculture de Normandie ou encore Jean-Marc Seuret, chargé de mission à la chambre d’Agriculture de Bretagne. Tous sont unanimes à ce sujet : pas de recette magique donc mais plusieurs critères à prendre en compte en fonction des objectifs de production de l’éleveur. « L’idée de départ est d’imaginer une chaîne d’affouragement tout au long de l’année », explique Patrice Pierre. En effet, si la parcelle est uniquement dédiée à l’affouragement en vert, il s’agira de définir des espèces végétales qui vont arriver en production de manière étalée. « Il faut combiner des dates d’épiaison plus ou moins tardives pour avoir un étalement de la production », continue-t-il. L’affouragement en vert doit fournir une alimentation conséquente en qualité et en quantité, d’où le recours à des prairies semées. Pour autant, « quelles que soient les espèces choisies, la qualité dépendra toujours du stade de récolte », réaffirme Fabien Olivier.

Tout ce qui est pâturable est distribuable en vert

Une parcelle peut être récoltée plusieurs jours d’affilé. Pendant ce temps, la végétation continue son cycle et la qualité de la récolte va évoluer, voire s’amoindrir, une évolution qui doit être anticipée. Pour cela, nombreux sont les éleveurs qui ont plusieurs parcelles afin d’étaler la récolte, quitte à laisser une parcelle entamée de côté pour conserver le même niveau de qualité. Par la suite, ce qui reste sur pied pourra être pâturé ou récolté pour constituer des stocks. « Tout ce qui est pâturable est distribuable en vert, affirme donc Fabien Olivier. Mais cela doit s’inscrire dans une logique de rotation parcellaire. Si les graminées commencent à épier et le trèfle à fleurir, mieux vaut faucher pour constituer du stock. » Dactyle, ray-grass, fétuque, fléole, trèfles, toutes ces espèces ont donc leur place dans l’affouragement en vert. Jean-Marc Seuret, qui a suivi une quinzaine d’exploitations en Bretagne pratiquant l’affouragement en vert, constate que « 37% des surfaces sont implantées en ray-grass hybride/trèfles, 15% en ray-grass anglais/trèfle blanc, 23% en multi-espèces, 18% en graminées/luzerne et 5% en luzerne pure qui apportée en vert vient donner les éléments azotés de la ration et permet d’éviter le tourteau de soja ». Pour bien choisir ses espèces, il est nécessaire de répondre aux cinq questions suivantes : A quelle période ai-je besoin d’herbe ?, Comment la prairie va-t-elle être exploitée ?, Pour combien de temps l’implantation est-elle prévue ?, Dans quel type de sol ?, et Sous quel climat ?

Nul besoin d’un mélange complexe d’espèces

De son côté, Patrice Pierre conseille des espèces de graminées à port élevé afin de faucher facilement. Si le Ray-grass hybride est un grand classique, la fétuque élevée, le dactyle ou la fléole conviennent très bien également. A cela, s’ajoute un trèfle (trèfle blanc, trèfle hybride ou violet) pour « engazonner la prairie » en comblant les espaces entre des pieds de graminées plus isolés et apporter « un moteur azoté ». Une prairie multi-espèces est intéressante car elle permet de prolonger la période d’affouragement. Mais pour Jean-Marc Seuret, il n’est pas nécessaire d’aller vers des mélanges avec trop d’espèces. « Deux ou trois graminées et deux ou trois légumineuses suffisent », observe-t-il. Pour choisir ses espèces, il faut privilégier la capacité de rendement de chacune avant de regarder son potentiel couvrant. Notamment lorsque’il s’agit d’acheter un mélange du commerce. Quant à l’appétence de la prairie, elle n’apparaît pas s’améliorer en fonction du nombre d’espèces qui la composent.

Période de disponibilité optimale des différentes espèces prairiales. Source : Institut de l’élevage-Idele

Sélectionner des variétés avec les bons critères variétaux

Le mélange ray-grass anglais/trèfle blanc est destiné plutôt au pâturage, mais est utilisé tout de même pour affourager en vert. Sur le plan du choix des variétés, Patrice Pierre affirme : « Je me cale sur la fétuque élevée (NDR : graminée à port élevée) et j’ajuste la variété du ray-grass anglais en fonction de la ploïdie de ce dernier » et du système d’exploitation, comme le parcellaire, les conditions pédo-climatiques, les objectifs de l’éleveur. « Je choisis des variétés diploïdes car elles contiennent moins d’eau que les tétraploïdes », explique-t-il. L’éleveur, en transportant l’herbe, va effectivement transporter aussi beaucoup d’eau et les variétés diploïdes de ray-grass seront donc plus adaptées à la fauche. Ploïdie, souplesse d’exploitation, précocité, alternativité, remontaison, résistance aux maladies, les critères sont multiples pour choisir une variété. A l’éleveur donc de faire son choix en fonction de ses contraintes d’approvisionnement. Par ailleurs, pour continuer à affourager en vert, aux inter-saisons, il est possible de mettre en place des cultures en dérobée comme des ray-gras italien/trèfles, du colza fourrager, du choux fourrager ou de l’avoine brésilienne. Un quart de la surface affouragée dans la quinzaine d’exploitations suivies par Jean-Marc Seuret concernait des dérobés, d’où la nécessité de mener une réflexion globale à l’échelle de l’exploitation entre espèces au sein d’une même parcelle et entre parcelles.

Niveau d’adaptation d’espèces fourragères aux conditions pédo-climatiques, à la mise en pâturage et à l’utilisation en mélange multi-espèces (synthèses de données nationales) Source : Institut de l’élevage-Idele

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